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Rencontre avec la légende l’icône de
l’athlétisme Mondiale, Hicham El Guerrouj, l’athlète
le plus titré au monde , il nous parle de son aventure, sa
vie son sport et son actualité sans pudeur aucune il se
livre un soir d’avril 2011
dans un restaurant de RABAT, charmant garçon , il a su me
recevoir en véritable gentleman, avec beaucoup d’attention
et de sympathie, une belle rencontre et naissance d’une
belle amitié. Pour ceux qui ne connaissent pas encore son
histoire !!
son palmarès ici
Merci Hicham
de me recevoir et m’accueillir ici au Maroc et plus
précisément à Rabat, c’est un symbole puisque c’est ici en
1990 que tu as rejoint l’institut national d’athlé alors que
tu n’avais que 16 ans. Parles nous de ton actualité, à quoi
occupes tu tes journées depuis ta jeune retraite ?
Je ne sais
pas si tu sais mais aujourd’hui je suis étudiant aux Etats
Unis, pourquoi ? tout simplement parce que lorsque j’ai
stoppé ma carrière en 2006, j’ai eu beaucoup de mal à me
dire que c’était terminé, cela a été très dur
psychologiquement alors ce choix aujourd’hui de retourner
sur les bancs en fac aux USA est un bon moyen de ne plus
penser athlé h24, et je fais des choses qui me plaisent
aujourd’hui c’est le principal, je construit légitimement
mon avenir avec une approche différente de celle du passé.
Pour autant je reste impliqué dans le sport je suis membre
du C.I.O (comité international olympique), cela me permet de
garder des liens forts avec les anneaux Olympiques.
Hicham, après
une domination sur le demi fond durant 12 années, beaucoup
pensaient qu’un jour naturellement tu t’orienterais sur le
demi fond long, pourquoi ne pas l’avoir fait ?
Il ya
plusieurs raisons, la première est que après 2005, je
n’avais plus la même passion qu’avant, je n’avais plus le
même amour qu’avant, je n’avais plus le même enthousiasme et
l’envie de la quête au challenges n’était plus là, j’ai
commencé à perdre doucement l’âme du conquérant que j’avais
eu toutes ces années. Mais attention je ne voulais pas
trahir mon amour pour mon sport, alors j’ai décidé de ne pas
aller plus loin. Tu sais physiquement j’étais encore
disponible, je pouvais encore gagner, en 2005 je courais
encore en 12mn 50 sur 5000m et j’avais encore un chrono à
3mn27 sur 1500m donc les moyens physiques je les avais
encore, je sais que facilement je pouvais atteindre 12mn40
sur 5000m cette année là, mais il faut savoir dire stop.
Lagat, Bekele
deux figures qui ont souvent tenté de te barrer la route
vers l’or, en tant que spécialiste et fan d’athlé j’ai le
sentiment, qu’Athènes en 2004 restera le point culminant et
le plus beau souvenir de ta carrière sportive ?
Non tu ne
peux pas me comparer à eux, moi je suis un miler (1500m ou
1600m), même s’ils ont pensé à un moment être des barrières
pour me priver de victoires moi j’ai été la dynamite qui a
fait sauté ces barrières...Rires d’Hicham … Moi je suis né
pour courir le Mile, pas eux , je ne suis pas de la même
famille en athlé qu’eux, moi tu peux me comparer en
regardant l’histoire de l’athlé, avec Sébastian Coe qui
était dans le même registre que moi, avec Aouita, avec
Morceli, avec Paavo Nurmi, eux sont mes idoles ! J’ai
beaucoup de respect et d’amour pour Hailé Gebresselassié ,
mais on ne vient pas du même univers, mes racines viennent
de Roger Bannister, Steve Cram, eux sont mes frères, par
contre Bekele, Hailé et les autres nous sommes plutôt cousin
dans cette discipline.
En 2004
logiquement tu es élu « sportif Mondial » de l’année, une
distinction qui compte autant que tes neuf distinctions en
tant que meilleur sportif de l’année au Maroc ?
Etre élu
meilleur sportif de l’année par l’équipe est une récompense
incroyable, j’ai été fier et surtout très honoré, tu te
rends compte être devant Shumacher, devant Zizou, Federer et
d’autres ça m’a vraiment touché surtout dans une année
difficile, j’avais eu pas mal de problème de santé, mon dos
me faisait souffrir, la perte de toute la saison, et malgré
cela il y a eu les deux médailles, c’est une belle
récompense pour tellement de travail !
Es tu
conscient Hicham, qu’en France les gens t’ont adoré, qu’il y
a deux athlètes seulement qui ont eu le droit à cette
marque d’affection Gébré et toi ?
Oui bien
sûr que j’en ai conscience et c’est d’ailleurs pour cela que
j’ai toujours voulu courir en France, pas simplement du fait
que je sois Francophile, mais c’est ce côté très humain qui
est perceptible chez les Français, je me souviens de 2003 la
finale mondiale du 1500m, au stade de France , le public
voulait la victoire de Mehdi Baala, les 17 membres du
gouvernement Français étaient là pour lui et c’est bien
normal, malgré cela lorsque j’ai gagné, le stade entier
était debout, mais ce qui m’a touché le plus, c’est lors de
la finale du 5000m contre Kenenisa Bekele, le stade était
plein, il y avait une effervescence, une véritable cocotte
minute et tout le public était pour moi, ils m’ont supporté
jusqu’au bout jusque ma victoire, c’est une de mes plus
belle victoire de ma carrière, un très beau moment que je
n’oublierai jamais !
Aujourd’hui,
on parle d’Hicham el Guerrouj comme une légende vivante de
l’athlétisme, tu restes à ce jour l’athlète le plus titré
de l’histoire en athlétisme, on te compare facilement à la
légende Paavo Nurmi, en es tu conscient ?
On l’a dit
tout à l’heure, c’est flatteur mais on ne peut pas me
comparer avec lui, quand on me compare avec Coe, Cram ou
Nurmi, je me sens tout petit devant eux ! Pourquoi ? parce
que ces athlètes là ont couru dans des conditions difficiles
avec pour moyens, des infrastructures quasi inexistantes, et
puis surtout, ils couraient pour une seule raison : la
passion, l’amour de leur discipline, le sport business eux
ne connaissaient pas, eux c’était les valeurs du sports qui
les faisaient avancer et gagner, aujourd’hui c’est tellement
différent, c’est pour cela que l’esprit Olympique dont on
parle souvent a une signification, chaque jeux olympique est
une célébration de ces athlètes qui ont marqué l’histoire
plus par leur état d’esprit que par leurs performances.
Quel rôle le
Hicham d’aujourd’hui peut-il jouer au Maroc dans le monde
du sport et pas seulement de l’athlétisme, tu as une sacré
responsabilité, tu es à toi seul, le patrimoine du sport
Marocain aujourd’hui ?
Je vais te
dire Lahcène, moi quand j’avais 12 ans, 14 ans, on avait des
idoles, moi c’était Aouita, mais il y avait aussi des idole
au niveau régional, les frère EL Hamadi Hassan et Mustapha
(membre de l’équipe de France ensuite), EDAHMANI Mohammed,
on voulait faire comme eux , comme nos ainés l’ont fait avec
nous , notre responsabilité est de transmettre cette
chaleur, cette envie de victoire qui est en nous lorsque
l’on gagne, passer le relai aux jeunes, notre rôle est de
tendre la main à ces enfants , nous devons guider leur
inspiration, en pratiquant le sport avec toutes les valeurs
, telles la loyauté, le respect de l’héritage dont
nous-mêmes avons hérité de nos pères spirituels cités plus
haut.
Au Maroc,
il y a 33 million d’habitants, et il ya 250 mille licenciés,
c'est-à-dire même pas 1 pour cent de pratiquent seulement,
ce qui signifie que nous sommes une population qui aime le
sport mais pas une population qui pratique, pour comparer
avec nos voisins espagnol, il y a 20 pour cent des licenciés
pratiquant, on mesure la marge entre ces deux pays non ?
Nous sommes une population jeune, chacun des acteurs du
sport de l’entraineur au président, devra s’impliquer, il
faut convaincre les parents des bienfaits du sport, et
porter le message dans les écoles surtout. Les enfants
aujourd’hui passent plus de temps devant leur pc que dehors,
il faut les sortir de cet isolement pour leur bien, là est
notre responsabilité et notre rôle.
En
France ou ailleurs, beaucoup de stades portent des noms de
champions illustres, prenons Alain Mimoun, il n’a pas même
la moitié de tes titres et pourtant, 56 stades portent son
nom en France et beaucoup le connaissent et connaissent son
histoire, ne serait-il pas important pour la mémoire de
donner ton nom à quelques stades au MAROC juste pour ne pas
oublier et pour donner envie aux jeunes de suivre tes
traces ?
Oui la
logique voudrait que cela fonctionne comme cela , on doit
effectivement rendre hommage aux sportifs qui ont marqué
l’histoire du sport de leur pays, mais en ce qui concerne
Berkane, je préfère rendre hommage à un homme qui nous
était très cher , notre Ami qui nous a tant donné pour le
sport à Berkane, M. BELEHBIB Mohammed, (paix à son âme) et
si les autorités sont d’accord, le stade portera son nom.
Moi en tant qu’athlète c’est certain j’ai donné, mais en
tant que manager, j’entends par là, dans les actes de
redistribution de ce que le sport m’a donné, j’ai encore
beaucoup à prouver ! Nous avons tout le temps devant nous,
la logique doit être comme cela normalement.
Quand tu
regardes derrière toi et que tu mesures le chemin parcouru
depuis ta tendre enfance à Berkane, sais tu analyser, à
quel moment tu as su que tu pouvais être le grand champion
que tu es devenu ?
Quand
j’étais petit, à l’age de 7 ans quand j’ai commencé,
personne ne pensait que je pouvais devenir un grand
champion, mais vraiment personne, j’ai commencé jeune à
Berkane, les athlètes avec qui je m’entrainais pourront te
le dire, ils ne voyaient qu’une chose, j’avais la rage de
vaincre tout jeune déjà, si bien qu’à chacune de mes
défaites en cadet ou junior, je pleurais, mon lien avec mon
sport était tellement fort ! C’est le même lien d’amour
qu’un homme peut avoir avec sa femme, et vis et versa. J’ai
connu des moments très durs jeune, après l’entrainement je
filais à l’école les jambes encore chargées de la séance
effectuée, et je n’avais même pas le temps de manger, si
bien que sur ma chaise en classe j’étais « out » « ko » je
n’arrivais même pas à me concentrer sur le cours tellement
j’étais épuisé. Tout cela pour te dire, j’ai toujours
respecté mon sport, je l’ai pratiqué avec loyauté, amour,
j’ai toujours respecté mes horaires d’entrainement, j’ai
toujours suivi à la lettre les consignes du coach, le
stretching, en fait j’ai réussi grâce à des gens qui m’ont
encadré, qui m’ont soutenu financièrement et
psychologiquement, je ne peux oublier ces gens. A l’école
j’avais un ami très proche avec qui je garde le contact
encore aujourd’hui, son père était en Hollande, chaque fois
que son père lui envoyait des chaussures ou autre chose, il
partageait systématiquement avec moi, et j’ai toujours
admiré ce geste tellement humain et profond, et c’est cela
aussi qui me poussait a continuer le travail, courir oui
mais pour gagner !
Mehdi Baala
qui est un ami m’a expliqué dernièrement que s’il avait été
si fort c’est parce que tu étais là, s’il n’y avait pas eu
Hicham a-t-il dit je ne crois pas que j’aurais atteint ce
niveau, qu’en penses tu ?
C’est très
gentil à lui, et cela me touche énormément bien entendu,
j’ai rencontré Mehdi en 1995 à Strasbourg il était encore
minime ou cadet, moi aussi j’étais jeune, et quand je l’ai
vu courir, faire des séries, j’ai senti qu’il était très
bon, tu sais même jeune on a l’œil, en tout cas je garde un
super souvenir de lui, malheureusement, il n’a pas toujours
eu de la chance, par des concours de circonstance, il a
souvent eu des petits soucis en compétition mondiale. Il a
encore beaucoup de potentiel c’est une certitude !
Regardes-tu
encore des championnats athlé que penses-tu de l’athlétisme
internationale telle qu’elle est aujourd’hui ?
Oui encore
bien sûr ! Mais concernant notre sport se dégrade, à
beaucoup de niveau, notre sport a perdu des « parts de
marché » en visibilité, popularité, communication,
télévision, bref le public ne suit plus comme avant,
d’autres sports on bien mieux négocié leur virage, le rugby,
la natation, le tennis, alors que notre sport figurait aux
trois premières places auparavant, je connais le niveau
international depuis 1992 et jusqu’en 2003, 2004 l’athlé
avait une forte popularité et ensuite les choses ont
commencé à se dégrader, mais personne ne souhaite débattre
sur le sujet c’est bien dommage, depuis que la politique
s’est invité dans notre sport, il y a trop de problèmes, le
monde sportif doit se réunir et mettre le points négatifs
sur la table mais pour cela il faut du courage et de la
volonté.
Seras tu à
Londres en 2012 ?
Oui bien
sûr en tant que spectateur et également membre du C.I.O,
cela est toujours un peu étrange de se retrouver de l’autre
côté.
Bon je
propose que nous passons notre commande et on poursuit
ensuite notre entretien car moi j’ai faim...Rires… alors moi
je veux de la viande, j’adore ça dit-il…une fois la commande
passé…suite de l’entretien….
Quel regard
portes-tu sur l’actualité mondiale ?
Oui bien
sûr, cela me blesse, toutes ces plaies qui touchent la
planète, me font mal comme beaucoup j’y suis sensible et je
me sens concerné.
Si tu penses à
un grand champion quel nom te vient de suite à l’esprit ?
Aouita
bien sûr !!
Ton plat
préféré ?
Le
couscous, mais attention pas n’importe lequel, celui de ma
Maman ! C’est le meilleur !
Ton film
culte ?
Hurricane
Carter avec l’acteur Denzel Washington un acteur hors du
commun, je l’adore ce film !
Un homme qui a
beaucoup compté pour toi dans ta vie ?
Mon Père a
toujours beaucoup compté pour moi et aujourd’hui encore je
le vénère, il m’a suivi tout le temps et a toujours su être
là quand il le fallait, dans les moments difficiles il
savait me faire repartir, il est fier de son fils autant que
son fils l’est de lui.
Le plus beau
jour de ta vie ?
Tu me
poses là, une question bien difficile Lahcène, il y en a
tellement eu… mais je pense quand même que la naissance de
mes enfants m’a apporté énormément d’émotion, j’y repense
encore aujourd’hui, je suis un Papa comblé.
Tes enfants
seront-ils des champions ?
Alors là
je n’en sais rien, ce qui est certain, c’est que ma fille
qui a 7 ans, adore le sport, et depuis peu elle connait une
partie de mon histoire, elle sait surtout que j’ai été
champion Olympique, je crois qu’elle commence a comprendre
qui était son Papa, c’est une vraie battante, c’est dans les
gènes je pense hi hi !! Elle adore nager une petite
anecdote, j’étais au volant aux états unis, et j’avais le
téléphone à l’oreille et bien sûr c’est interdit et elle
m’a dit « attention Papa ici tu n’es pas aussi connu qu’au
Maroc, si la police te voit téléphoner en conduisant ils
vont t’arrêter » ..Rires !!
As-tu un rêve
inaccompli ?
Je suis
croyant tu sais et mon rêve est que le fossé entre les gens
très pauvres et les très riches se réduise
significativement, pour ensuite disparaitre complètement un
jour inchallah’, mais ce n’est qu’un rêve, la réalité est
autre aujourd’hui malheureusement !
Merci Hicham El
Guerrouj
Avec
Plaisir Si (marque de profond respect lorsque l’on s’adresse
à une personne) Lahcène , on peut maintenant apprécier notre
diner ! (nous étions au restaurant un soir d’avril 2011 à
RABAT Maroc). |
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Philippe TRAULLE
Stephane DIAGANA
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